Plan national d’actions en faveur de l’albatros d’Amsterdam

Sur les 22 espèces d’albatros présentes dans le monde, 18 sont menacées à l’échelle du globe. Avec une population estimée à un peu plus de 200 individus, l’albatros d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis), espèce endémique de l’île éponyme, est l’un des plus menacés.

Signataire de l’Accord pour la Conservation des Albatros et des Pétrels, la France s’est engagée à mettre en œuvre toutes les actions permettant d’améliorer la conservation de ces oiseaux. L’albatros d’Amsterdam faisant l’objet d’une attention particulière au niveau international, le ministère en charge de l’écologie a souhaité qu’un plan national d’actions (PNA) en faveur de la sauvegarde de cette espèce soit mis en place dès 2010.

Enjeux de conservation et plan national d’actions

Piloté par la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises, le premier PNA (2011-2015) s’est prolongé jusqu’en 2017 avec la réalisation du bilan technique et scientifique des actions. Ce dernier révèle une croissance continue de la population pendant la durée du premier plan ; pour la première fois depuis la description de l’espèce en 1981, la population d’albatros d’Amsterdam a atteint cinquante et un couples reproducteurs en 2018.

Mais cette augmentation régulière ne doit pas faire oublier les menaces qui pourraient modifier cette tendance : la présence d’agents pathogènes aviaires provoquant des mortalités importantes dans les colonies d’autres espèces d’oiseaux de l’île Amsterdam, les captures accidentelles potentielles par les bateaux de pêches, les interactions avec les prédateurs introduits et les changements globaux (modification de la ressource alimentaire ou du milieu de reproduction).

Par conséquent, il a été décidé en 2018 de mettre en œuvre un second PNA pour une durée de 10 ans. Les 17 actions de ce plan s’appuient pour leur mise en œuvre et leur financement sur les actions du second plan de gestion de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises (2018-2027), et sur la mobilisation des partenaires scientifiques et techniques impliqués dans la conservation de l’espèce.

 

L’objectif à long terme de ce plan est d’améliorer l’état de conservation de l’albatros d’Amsterdam, en supprimant ou en réduisant les menaces qui pèsent sur la reproduction et la survie de l’espèce. L’Albatros d’Amsterdam passe l’essentiel de sa vie en mer et retourne à terre uniquement pour la reproduction. Ainsi, des objectifs ont été fixés sur la durée du second PNA aux niveaux marin et terrestre, à savoir :

  • la préservation du risque de contamination par des organismes pathogènes, par le maintien des mesures de biosécurité et la mise en place d’une stratégie de lutte efficace (gestion des réservoirs ou vecteurs d’organismes pathogènes, maitrise d’une technique de vaccination) ;
  • l’application la plus large des mesures d’atténuation des captures accidentelles dans les pêcheries de l’océan Indien Sud (notamment pour le thon) et le soutien de l’effort visant à promouvoir leur application ;
  • la limitation ou l’élimination des populations d’espèces exotiques animales potentiellement impactantes pour l’albatros d’Amsterdam (rat surmulot, souris domestique, chat haret) ;
  • l’identification de potentielles menaces sur l’habitat de nidification de l’albatros d’Amsterdam en vue d’éventuelles actions de restauration ;

Améliorer l’état des connaissances de l’Albatros d’Amsterdam

Le suivi à long terme réalisé depuis plus de 40 ans fournit aujourd’hui un indicateur fiable de l’évolution de la population. Néanmoins, les objectifs de gestion doivent impérativement s’accompagner d’objectifs en termes d’amélioration des connaissances portant sur :

  • la poursuite du suivi à long terme sur le terrain de la population d’albatros d’Amsterdam, ainsi que la réactualisation des paramètres démographiques ;
  • la compréhension des mécanismes épidémiologiques en cours sur l’île Amsterdam ;
  • l’apport de connaissances complémentaires sur la distribution en mer des albatros d’Amsterdam (période immature) ;
  • l’acquisition des connaissances sur le régime alimentaire de l’albatros d’Amsterdam ;

Dans la continuité du premier PNA, des études portant sur les mécanismes de transmission et de maintien des agents infectieux se poursuivent. Les premiers résultats montrent le rôle potentiel de disséminateur d’agents infectieux pathogènes de certaines espèces consommatrices des cadavres de poussins infectés (labbe subantarctique, rat surmulot). En parallèle, des tests de vaccination ont été initiés depuis 2013 sur les albatros à bec jaune nichant à Amsterdam et donnent des pistes encourageantes pour une stratégie de gestion des épizooties à long terme. Les connaissances acquises constituent un préalable indispensable à la définition d’une stratégie efficace pour éviter toute infection et mortalité dans la population d’albatros d’Amsterdam jusqu’à présent épargnée.

Au niveau marin, le développement récent de balises Argos et GPS couplées à un détecteur de radar (balises X-Argos et Centurion, Sextant Technology) permet d’acquérir des informations à fine échelle sur le niveau d’interaction avec les pêcheries. Ces balises seront déployés sur des adultes et des juvéniles lors de leur premier trajet en mer. L’objectif de cette action est de déterminer si les albatros d’Amsterdam s’approchent des navires de pêche et d’évaluer ainsi le risque de capture accidentelle pour les différents stades de vie de l‘espèce. Les résultats attendus de cette étude permettront de mieux identifier et de mieux cibler les pêcheries pour lesquelles il est primordial de développer et promouvoir l’application des mesures d’atténuation.

Un programme, plusieurs partenaires

La collectivité des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), gestionnaire de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises, est en charge de l’animation du Plan national d’actions Albatros d’Amsterdam. Les partenaires scientifiques impliqués sont le Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS-Université de La Rochelle), le Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS-Université de Montpellier), le laboratoire PIMIT (Université de la Réunion-Inserm-CNRS-IRD) et le laboratoire ECOBIO (CNRS-Université de Rennes 1). Sur le terrain, ces partenaires s’appuient sur plusieurs programmes scientifiques soutenus par l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV). Ce PNA bénéficie également de l’appui technique et scientifique du réseau SAGIR (ONCFS), de la Ligue pour la Protection des Oiseaux et du Muséum national d’Histoire naturelle.

Photo : © Roald Harivel