En vue de garantir l’intégrité du site classé au patrimoine mondial, le gestionnaire du bien, la collectivité des TAAF, s’appuie sur un cadre réglementaire strict,  un modèle de gestion robuste et une gouvernance efficace.

La réserve naturelle nationale des Terres australes françaises : un outil de protection et de gestion du bien adapté

Inhabités et préservés de l’impact direct des activités humaines, les écosystèmes des Terres et mers australes françaises présentent de fortes populations d’espèces natives au sein d’habitats quasi-originels, ainsi que des processus écologiques complexes et intacts. Malgré leur isolement, la biodiversité de ces territoires subit les effets des changements globaux et de ceux liés à la présence humaine (invasions biologiques, pollutions diverses, pêche, etc.). La volonté de l’Etat français de protéger sur le long terme ces milieux naturels et cette biodiversité inestimables a conduit à la création en 2006 de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises, puis à son extension en 2016. Aujourd’hui, ce bien immense couvre l’ensemble des zones fonctionnelles essentielles au cycle de vie des espèces. L’unité du bien est alors assurée par une importante connectivité écologique, des valeurs écologiques comparables et un système de gestion commun. Garante de l’intégrité du bien inscrit, la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises conduit des actions efficaces pour lutter contre les menaces ainsi que des actions de restauration.

Une réserve naturelle pour protéger le bien

 

Classé en réserve naturelle nationale, le territoire des Terres et mers australes françaises bénéficie du plus fort niveau de protection de l’environnement existant dans la réglementation française. Créée en 2006, la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises, couvrait alors la partie terrestre des îles Crozet, Kerguelen et Saint-Paul et Amsterdam, ainsi qu’une partie de leurs eaux territoriales. En 2016, le périmètre de l’espace protégé a été étendu sur sa partie marine et couvre désormais une surface de près de 673 000 km², soit 100 000 km² de plus que la France métropolitaine ! Par ailleurs, depuis mars 2017, le cadre réglementaire et la gouvernance de la Réserve naturelle sont également applicables à l’ensemble des zones économiques exclusives, sur plus de 1.66 millions de km² (périmètre de protection autour de la Réserve naturelle).

Différents statuts de protection

 

Afin de tenir compte des différents enjeux de conservation, la réglementation de la Réserve naturelle fixée par décret prévoit 4 niveaux de protection :

Zone de protection intégrale terrestre : sauf cas de force majeure ou dérogation du représentant de l’Etat, toute activité humaine y est interdite.

Zone de protection renforcée marine : les activités industrielles, de pêche notamment, et tout rejet y sont interdits.

Zone réservée à la recherche scientifique et technique : ces zones sont réservées aux opérateurs des programmes de recherche s’y déroulant. L’accès à ce type de sites est soumis à l’autorisation du représentant de l’Etat.

Zone de protection terrestre et zone de protection marine, régime général : l’ensemble des autres sites sont soumis à la réglementation générale de la Réserve naturelle. Les bases des trois districts font partie de cette zone.

L’ensemble de ces zones sont inclues dans le périmètre du bien.

Statuts de protection de la Réserve naturelle

Des objectifs de gestion efficaces

 

La Réserve naturelle met en œuvre un système de gestion éprouvé et reconnu, basé sur un document d’objectif décennal, appelé plan de gestion. Les menaces directes sont maîtrisées, notamment par des mesures de régulation des espèces introduites ou la limitation des impacts environnementaux de la pêche. Le lien étroit entre science et gestion, assuré par des partenariats historiques avec les laboratoires scientifiques, notamment via l’Institut polaire, permet l’adaptabilité du modèle de gestion face aux changements globaux.

 

Les objectifs à long terme du 2ème plan de gestion (2018-2027)

Quelques exemples d’actions

Etudier les populations de dauphins de Commerson pour mieux les protéger

 

La sous-espèce de dauphin de Commerson de Kerguelen est endémique de l’archipel. Un suivi est mis en place depuis 2012 par la Réserve naturelle et ses partenaires afin de développer les connaissances sur cet animal peu connu : les données et photographies d’observations aident à déterminer la présence et la densité de dauphins, et à identifier chaque individu grâce à leurs coloration et marques spécifiques. Des hydrophones sont également déployés dans le golfe du Morbihan et des biopsies sont réalisées afin d’améliorer les connaissances sur l’espèce. C’est sur la base de ces connaissances que des actions de conservation adéquates seront mises en œuvre.

Se mobiliser pour l’emblématique albatros d’Amsterdam

 

Avec une population très faible (180 individus estimés), l’albatros d’Amsterdam est classé en danger critique d’extinction. Face aux enjeux majeurs de conservation de cette espèce, la Réserve naturelle, en collaboration étroite avec les scientifiques du CNRS de Chizé et plusieurs partenaires nationaux, a développé un plan national d’actions pour sa sauvegarde. Parmi les 20 actions de conservation prévues par ce plan figurent des mesures d’atténuation des captures accidentelles par les bateaux de pêche ou des études sur les bactéries potentiellement pathogènes.

Surveiller l’espace maritime du bien

 

Afin de limiter la pêche illicite, de surveiller les activités en mer et d’asseoir la souveraineté de la France, les zones économiques exclusives du territoire bénéficient d’un dispositif de surveillance performant qui s’appuie sur des moyens nautiques mutualisés avec les services chargés de l’action de l’Etat en mer, les affaires maritimes et les bateaux de pêche. Entre missions de logistique et de soutien aux bases scientifiques en Antarctique au cours de l’été austral et missions de souveraineté dans les eaux subantarctiques le reste de l’année, le nouvel Astrolabe, fruit d’un partenariat innovant entre les TAAF, l’Institut polaire et la Marine Nationale, s’inscrit dans cette dynamique. Ces efforts de surveillance depuis la fin des années 1990, ont fait chuter les activités de pêche illicite. Avec une dernière observation d’activité illégale qui remonte à 2013 à Crozet, le dispositif joue un rôle essentiellement dissuasif.

Lutter contre la mortalité aviaire

 

Au début des années 1990, le développement de la pêche à la palangre qui cible la légine australe dans les eaux de Crozet et Kerguelen a impacté de nombreuses populations d’oiseaux marins : attirés par les appâts fixés sur les hameçons des lignes, albatros hurleurs, albatros à sourcils noirs et pétrels à menton blanc se faisaient capturer sur les lignes. Afin de réduire ces captures accidentelles, différentes mesures « conservatoires » définies par les TAAF sont appliquées sur les palangriers autorisés à pêcher dans la zone : banderoles d’effarouchement lors du filage des palangres, obligation de lester les palangres, interdiction de filer de jour, etc. Ainsi, depuis 2007, la mortalité aviaire a diminué de 90%.

 

 

 

Une collectivité et un réseau de partenaires au service du bien

 

Les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) se composent de trois zones géographiquement éloignées et de nature contrastée : sur le continent antarctique, la terre Adélie ; dans la région tropicale de l’océan Indien, les îles Éparses et dans les régions subantarctiques du sud de l’océan Indien, l’archipel Crozet, les îles Kerguelen et les îles Saint-Paul et Amsterdam. La gestion de ces territoires inhabités est assurée par la collectivité des TAAF, créée par la loi du 6 août 1955 : dotées d’un statut unique dit sui generis, les TAAF sont placées sous l’autorité d’un préfet, administrateur supérieur lui-même appuyé dans ses fonctions par un Conseil consultatif et le Comité de l’environnement polaire (CEP). A la création de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises en 2006, ce dernier s’est vu également confier la gestion de l’espace protégé : la collectivité des TAAF est donc de fait l’organisme gestionnaire du bien des Terres et mers australes françaises.

Si les Terres et mers australes françaises n’accueillent aucun habitant permanent, elles concentrent néanmoins deux catégories d’usagers principaux qui prennent part à la dynamique du territoire et jouent un rôle important dans les orientations de gestion qui y sont prises : la communauté scientifique, coordonnée par l’Institut polaire français, et les acteurs de la pêche australe.

La collectivité des TAAF, au centre de la gouvernance du bien

 

Toutes les directions et services des TAAF œuvrent à la gestion, au soutien administratif, financier et logistique de la Réserve naturelle, et par conséquent du bien des Terres et mers australes françaises.

Le Marion Dufresne, navire ambassadeur des TAAF

 

Propriété des TAAF, le Marion Dufresne effectue, au départ du Port de La Réunion, quatre rotations australes par an. Les voies maritimes étant le seul moyen d’accès aux Terres et mers australes françaises, il faut environ un mois au navire pour parcourir près de 9000 km à travers l’océan Indien, dont une bonne partie entre les 40e rugissants et les 50e hurlants, dans des conditions de mer souvent difficiles. Il assure les missions de logistiques liées au ravitaillement des bases australes : transport des personnels, du fret, des équipements, etc. Navire polyvalent, le Marion Dufresne constitue non seulement un véritable cordon ombilical indispensable au bon déroulement des multiples activités scientifiques et stratégiques localisées dans les Terres et mers australes françaises, mais il affirme également, la présence française dans cette région du monde.

Des partenaires indispensables

 

Coordonnée par l’Institut polaire français, en collaboration étroite avec les TAAF, l’activité scientifique dans les Terres australes françaises offre à la France une position de leader dans le domaine de la recherche subantarctique.

• Acteurs scientifiques :

 

Avec près de 150 chercheurs par an sur le terrain, la recherche scientifique constitue actuellement la principale activité exercée dans le périmètre terrestre de la Réserve naturelle. Mises en œuvre, coordonnées et soutenues (en moyens financiers et humains) par l’Institut polaire français, ces recherches scientifiques sont portées par les organismes de recherche nationaux, parmi lesquels le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le Museum national d’Histoire naturelle (MNHN) ou les Universités françaises, qui sont pour la plupart membres du conseil scientifique de la Réserve naturelle. Par ailleurs, afin d’apporter un cadre scientifique d’excellence aux actions de la Réserve naturelle et un appui pertinent à la décision, une convention lie l’Institut polaire et les TAAF (2009) : elle prévoit notamment la mise en place de projets de recherche dédiés à la connaissance et à la gestion de l’environnement.

• Acteurs de la pêche australe :

 

Sept armements français sont autorisés à pêcher dans les eaux Australes françaises. Six d’entre eux sont réunis au sein du Syndicat des Armements Réunionnais de Palangriers Congélateurs (SARPC), représentant des usagers au sein du comité consultatif de la Réserve naturelle.
Le gestionnaire du bien entretient également des liens étroits avec les acteurs de la société civile – associations, groupes de travail, organisations – qui œuvrent pour la préservation de l’environnement, au niveau national et international.