Le bien constitue l’un des plus grands espaces naturels protégés au monde et le plus grand bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Entre terre et mer, un périmètre en cohérence avec les enjeux

Les Terres et mers australes françaises forment un bien en série – 3 éléments constitutifs – compris entre les 37e et 54e parallèles Sud, au cœur de l’océan Austral. Elles se situent dans la région australe de la collectivité d’outre-mer des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et sont composées des districts de Crozet, Kerguelen et Saint-Paul et Amsterdam, qui forment les Terres australes françaises.

Les limites du bien correspondent au périmètre de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises qui comprend la totalité des espaces terrestres des Terres australes françaises et 40% de leurs zones économiques exclusives (ZEE), soit une superficie totale de de 672 969 km² (environ 7 500 km² de domaine terrestre et plus de 665 000 km² de domaine maritime).

Périmètre du bien inscrit

Les Terres et mers australes françaises en un clin d’œil

Un patrimoine naturel exceptionnel et unique au monde ?

  

Les Terres et mers australes françaises sont les plus grandes des rares terres émergées du sud de l’océan Indien. Leurs caractéristiques océanographiques et géomorphologiques rendent leurs eaux très productives, ce qui constitue la base d’un réseau tropique riche et diversifié. Cette « oasis » au cœur de l’océan Austral entretient l’une des plus fortes concentrations et diversités d’oiseaux et de mammifères marins au monde. Les paysages volcaniques grandioses, qui accueillent cette nature sauvage et foisonnante, forgent le caractère sublime du bien.

 

L’immensité du bien permet à la fois une large représentativité de la biodiversité australe et la protection de l’ensemble des processus écologiques essentiels au maintien de ces espèces. A ce titre, le territoire joue un rôle clé pour la bonne santé des océans à l’échelle planétaire, en particulier pour la régulation du cycle carbone.

 

Du fait de leur éloignement des centres d’activités humaines, les Terres et mers australes françaises sont des vitrines de l’évolution biologique extrêmement préservées. Elles constituent un territoire unique pour la recherche scientifique, notamment pour le suivi à long terme des populations d’oiseaux et de mammifères marins et pour l’étude des effets des changements globaux, et bénéficient de l’appui technique et logistique de l’Institut polaire français Paul-Emile Victor depuis plus de 50 ans. Forte de ce patrimoine d’exception, la collectivité des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), par le biais de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises et avec la communauté scientifique, a mis en place un système de gestion éprouvé et reconnu assurant son intégrité pour les générations future

 

Parmi les 10 critères de sélection fixés par le Centre du patrimoine mondial (6 critères culturels et 4 critères naturels), les Terres et mers australes françaises se positionnent sur les critères naturels vii, ix et x.

Le critère vii

 

« Représenter des phénomènes naturels remarquables ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles ».

Les Terres et mers australes françaises forment un des derniers lieux de « naturalité » au monde ayant conservé le caractère sauvage de son patrimoine naturel. Le phénomène de concentration d’oiseaux et de mammifères marins est tout à fait unique. Des plus grandes colonies de manchots royaux sur l’archipel Crozet à celle des albatros à bec jaune sur les falaises vertigineuses d’Entrecasteaux à Amsterdam, en passant par la première population d’éléphants de mer au monde à Kerguelen, cette nature foisonnante au cœur de paysages volcaniques grandioses renforce le caractère sublime du bien. Ces territoires emportent l’imaginaire et demeurent source d’inspiration pour tout un chacun.

Les colonies de manchots royaux

Les îles de l’archipel Crozet abritent la plus grande population de manchot royal au monde. Ces oiseaux se rassemblent en immenses colonies, comme c’est encore le cas sur l’île aux Cochons malgré les effets des changements globaux sur ces populations, ainsi que sur les îles de l’Est et de la Possession.

Ilots des Apôtres

Les Apôtres sont des îlots acérés qui semblent percer la surface de l’océan. Interdits d’accès, on y observe depuis la mer des colonies d’albatros à tête grise et d’albatros à sourcils noirs qui encerclent les falaises basaltiques.

« Un jour l’Eden fut rasé et jeté à la mer. Les plus vieilles îles volcaniques du monde sont marquées par la chute. » Jean-Paul Kauffman, L’Arche des Kerguelen

La colonie d’otaries de la Mare aux Eléphants

Comme chaque année et après des centaines de kilomètres de nage, les otaries à fourrure d’Amsterdam viennent mettre bas sur les côtes des îles Saint-Paul et Amsterdam. Ces lieux, constitués d’innombrables rochers, forment l’habitat terrestre de prédilection de ces mammifères marins. L’île Amsterdam accueille la 3e plus grande population mondiale d’otarie à fourrure d’Amsterdam.

Saint-Paul

Saint-Paul est un cratère de plus d’un kilomètre baigné par la mer. La caldeira, aujourd’hui effondrée, présente des conditions géologiques et chimiques très particulières, telles que la présence de sources d’eaux chaudes qui ont permis le développement d’écosystèmes marins uniques. D’importantes populations d’otarie à fourrure d’Amsterdam et de gorfou sauteur habitent cette île dont l’accès est strictement interdit.

« La morphologie de la petite île révèle sans équivoque sa nature volcanique ». Stéphanie Légeron et Bruno Marie, Escales au bout du monde

Les colonies d’éléphant de mer de la péninsule Courbet

Le long des côtes de la péninsule Courbet se retrouvent plus de 50 000 éléphants de mer – la 1ère population au monde – et plus de 6 000 otaries de Kerguelen.

L’arche des Kerguelen

Véritable emblème de ces îles, l’arche des Kerguelen accueille les voyageurs au nord de l’archipel. Sa voûte de basalte s’est effondrée entre 1908 et 1913. Des dizaines de milliers de gorfous macaronis et sauteurs trouvent refuge à ses pieds.

« Cette voûte gigantesque, qui stupéfia tant de navigateurs, évoque pour moi l’entrée d’une crypte. Je me figure que le sens caché de l’archipel longtemps maudit s’y trouve dissimulé. » Jean-Paul Kauffman, L’Arche des Kerguelen

 

Le critère ix

 

« Etre des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins ».

Situées à la convergence de trois fronts océaniques et présentant de larges plateaux continentaux, les Terres et mers australes françaises sont des territoires extrêmement productifs au sein d’un océan relativement pauvre, permettant le développement d’un réseau trophique1 riche et diversifié. L’importance de ces zones riches et leur rôle dans la régulation du cycle carbone contribuent à la bonne santé des océans.

L’immensité du bien permet une large représentativité de la biodiversité australe et des processus écologiques en cours dans cet océan. Isolées à des milliers de kilomètres de tout continent et préservées de l’impact des activités humaines, ces îles sont de véritables vitrines de l’évolution biologique et constituent des modèles d’études uniques pour le suivi des changements globaux.

1 Réseau trophique : ensemble de chaînes alimentaires reliées entre elles au sein d’un écosystème.

Des caractéristiques géomorphologiques et océanographiques déterminantes

La situation géomorphologique et océanographique des Terres et mers australes françaises, ainsi que l’importance du lien terre/mer (tous les intrants en milieu terrestre proviennent du milieu marin, notamment par le biais des oiseaux et pinnipèdes qui se reproduisent sur les îles, tandis que les apports en fer des eaux australes proviennent du ruissèlement), permettent un fort enrichissement des eaux en fer et autres minéraux qui sont à l’origine de leur importante production primaire et secondaire². Si le plateau de Kerguelen est le plateau continental le plus large de la zone, formant une véritable oasis de vie au milieu de l’océan, il n’en demeure pas moins que le plateau de Crozet et les hauts bancs de Saint-Paul et Amsterdam sont également très productifs. Situées au croisement de différents fronts océaniques, les Terres et mers australes françaises présentent alors une biodiversité marine riche et diversifiée (poissons, crustacés, calmars, etc.). Cette importante productivité constitue l’essentiel des ressources trophiques des oiseaux et mammifères marins.

² Production primaire et secondaire : matière organique issue respectivement des végétaux et animau

La régulation carbone

Jouant une fonction de « puits de carbone », les zones de forte productivité primaire participent à la régulation du CO2 à l’échelle planétaire. En effet, lors de son cycle de développement, le phytoplancton séquestre du carbone et crée de l’oxygène. De la même manière, en milieu côtier, les laminaires de Macrocystis pyrifera et Durvillaea antarctica fixent le carbone dans les fonds marins. En contribuant à la réduction des gaz à effet de serre, les Terres et mers australes françaises constituent un acteur essentiel de la lutte contre le changement climatique et l’acidification des océans.

Le critère x

 

« Contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation ».

Site d’exception pour la conservation de l’avifaune mondiale, les Terres et mers australes françaises hébergent plus de 50 millions d’oiseaux issus de 47 espèces. Pour 15 de ces espèces, près de la moitié de la population mondiale se reproduit sur ces îles. On y trouve la plus grande population mondiale de manchot royal et d’albatros à bec jaune, ainsi que 8 espèces endémiques tel que l’albatros d’Amsterdam, l’un des oiseaux les plus rares de la planète.

Le bien concentre également de larges populations de pinnipèdes – la 1ère population d’éléphants de mer du Sud au monde et la 3ème d’otarie à fourrure d’Amsterdam – et des cétacés, comme le dauphin de Commerson, sous-espèce endémique de Kerguelen.

La richesse et la diversité d’espèces des Terres et mers australes françaises, unique dans l’océan Austral, confère au bien une valeur universelle exceptionnelle.

Préoccupation mineure (LC)*

Eléphant de mer austral (Mirounga leonina)

Au cours de l’année, l’éléphant de mer séjourne principalement en mer : il passe 90% de son temps sous l’eau, au cours de plongées allant jusqu’à 800 m de profondeur. Sa chasse massive, au début du XXe siècle, a mené l’espèce au bord de l’extinction. Aujourd’hui, les effectifs sont stabilisés : les îles Kerguelen abritent la plus grande population mondiale.

Manchot royal (Aptenodytes patagonicus)

Espèce emblématique des Terres et mers australes françaises, le manchot royal ne vole pas mais est un excellent plongeur : il peut nager jusqu’à 240 m de profondeur. Ces oiseaux se rassemblent en immenses colonies qui peuvent atteindre plus d’un million d’individus. L’archipel Crozet abrite la plus grande population de manchot royal au monde.

Otarie à fourrure d’Amsterdam (Arctocephalus tropicalis)

Chassée pour sa fourrure, l’espèce a frôlé l’extinction au début du XXe siècle. Si les populations restent globalement inférieures au niveau de pré-exploitation, l’île Amsterdam abrite aujourd’hui la 3e plus grande population mondiale d’otarie à fourrure d’Amsterdam.

Vulnérable (VU)*

Prion de MacGillivray (Pachyptila macgillivrayi)

Le prion de MacGillivray est une espèce endémique de Saint-Paul. Arrivée proche de l’extinction dans les années 1990 alors qu’elle s’était réfugiée sur la Roche Quille, l’espèce a recolonisé l’île Saint-Paul après l’éradication des rats. Espèce rare et discrète, la population est estimée à 250 couples.

En danger (EN)*

Dauphin de Commerson (Cephalorhynchus commersonii)

Sous-espèce endémique de Kerguelen, le dauphin de Commerson est fréquemment observé dans les eaux côtières de l’archipel, surtout en raison de sa curiosité vis-à-vis des bateaux. 69 individus ont été recensés dans le Golfe du Morbihan mais d’autres observations ont également été signalées en dehors du Golfe, pour des groupes allant parfois jusqu’à 50 individus.

Albatros à bec jaune (Thalassarche carteri)

Les 2/3 de la population mondiale d’albatros à bec jaune se reproduisent dans les Terres et mers australes françaises. Sur la seule île Amsterdam, on retrouve 60% de la population mondiale concentrée sur les falaises d’Entrecasteaux, la plus grande colonie au monde.

Orque épaulard (Orcinus orca)

L’orque épaulard est une espèce largement présente dans les eaux subantarctiques. Ces super-prédateurs généralistes se nourrissent de mammifères marins, de manchots et de poissons. Les orques se caractérisent par leurs interactions récurrentes avec les navires de pêche à la légine australe opérant dans les eaux de Crozet et Kerguelen depuis le milieu des années 1990.

En danger critique (CR)*

Albatros d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis)

L’albatros d’Amsterdam est l’un des oiseaux marins les plus rares au monde. Endémique de l’île Amsterdam, l’espèce est aujourd’hui représentée par une trentaine de couples reproducteurs. Elle fait l’objet d’un Plan national d’actions (PNA) pour sa conservation.

* Catégories UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) déterminant le risque de disparition des espèces du territoire : Espèces menacées > VU, EN, CR – Autres catégories > LC