Des écosystèmes marins riches et diversifiés

La situation unique des Terres et mers australes françaises d’un point de vue géologique et océanographique a permis le développement d’écosystèmes marins riches et diversifiés, qui s’organisent autour de deux grands compartiments : le domaine pélagique et le domaine benthique. Le domaine pélagique regroupe l’ensemble des espèces et des dynamiques localisées dans la colonne d’eau ; le domaine benthique représente l’ensemble des espèces et habitats situés sur le fond des océans. Ces compartiments sont liés par des interactions trophiques complexes (nombreux liens entre les différentes chaînes alimentaires de l’écosystème).

Si les connaissances sur les milieux benthiques et pélagiques sont à ce jour parcellaires, les campagnes océanographiques, les observatoires côtiers ainsi que les données issues des suivis des pêcheries attestent d’un bon état de conservation global des écosystèmes marins, rendu possible par l’éloignement de tout continent, la restriction des activités en mer et le modèle de gestion durable des pêcheries mis en œuvre par les TAAF.

Photo : © Bruno Marie

Milieu pélagique

Le domaine pélagique des Terres australes françaises présente des caractéristiques essentielles pour les écosystèmes marins. Les zones de haute productivité, alimentées par les apports en fer du plateau de Heard-Kerguelen et structurées par les trois fronts océaniques (polaire, subantarctique et subtropical), sont à la base de tout le réseau trophique (ensemble des chaînes alimentaires de l’écosystème) et soutiennent la présence d’espèces et d’assemblages d’espèces très particuliers. La famille de poissons constituée des myctophidés constitue ainsi l’une des plus grandes biomasses de l’océan Austral. Source d’alimentation essentielle pour de nombreuses espèces d’oiseaux et de mammifères marins, elle représente un fort enjeu de conservation.

En outre, ces zones de forte productivité permettent la séquestration de quantité importante de carbone et peuvent ainsi être considérées comme des “puits de carbone” à l’échelle planétaire. Ces zones prioritaires pour la conservation et la gestion durable des ressources ont été intégrées au périmètre de la Réserve naturelle et bénéficient d’un statut particulier de protection renforcée.

Par ailleurs, et dans la mesure où le domaine pélagique est notamment conditionné par les dynamiques océaniques, il est à noter que d’importantes modifications de ces dynamiques sont à prévoir dans les prochaines décennies tels que le déplacement du front polaire, la réduction de la zone subantarctique, les modifications des masses d’eau, l’augmentation de la température de l’eau, etc. Ces changements pourraient avoir des impacts importants sur ce domaine, en particulier sur la productivité primaire qui influe sur l’ensemble du réseau trophique. En prévision de ces changements, le périmètre de la Réserve naturelle garantit une représentativité des différents milieux.

Si les données sur Kerguelen et Crozet sont encore parcellaires, elles sont d’autant plus limitées pour Saint-Paul et Amsterdam. Néanmoins, les données biologiques disponibles sur cette zone laissent présager une biodiversité marine extrêmement riche et potentiellement vulnérable.  Il existe donc un fort enjeu de connaissance pour ces îles, sur lesquelles une attention particulière du plan de gestion 2018-2027 est portée.

 

Milieu benthique

Des milieux côtiers aux zones abyssales, les Terres australes françaises présentent un large gradient bathymétrique abritant, pour chaque bathome (niveau bathymétrique), des espèces et écosystèmes particuliers.

Le fond des milieux côtiers atteste d’une grande diversité d’habitats et d’espèces, abritant des zones fonctionnelles essentielles pour les espèces marines telles que les zones d’alimentation, de reproduction et de nourricerie. C’est le cas en particulier des habitats constitués des algues Macrocystis pyrifera et Durvillea antarctica, qui rassemblent près d’un tiers des espèces benthiques et servent de nourriceries à deux tiers des poissons.

On trouve dans les eaux des Terres australes françaises des Ecosystèmes Marins Vulnérables (EMV), présentant des assemblages d’espèces riches mais extrêmement sensibles aux impacts de la pêche et des changements globaux, en particulier sur les zones de plateau continental et de bancs, dont le banc Skiff à Kerguelen. Le classement du banc Skiff en zone de protection renforcée et l’interdiction de toute activité industrielle et commerciale qui en découle garantit la préservation des enjeux de conservation sur cette zone. Malgré l’existence d’un modèle de gestion durable des pêcheries australes qui limite l’interaction avec le benthos (organismes des fonds marins), les prises accessoires demeurent, ce qui encourage l’adoption de mesures de régulation et le suivi renforcé des activités de pêche pour certaines de ces zones.

Par ailleurs, les zones économiques exclusives australes concentrent un certain nombre de frayères et de nurseries pour les espèces patrimoniales, parmi lesquelles des espèces commerciales. Ces différentes zones, qui sont inclues dans le périmètre de la Réserve naturelle, font l’objet de mesures de gestion adaptées.

Si les zones côtières sont assez bien documentées, les écosystèmes profonds, difficiles d’accès, restent encore largement méconnus. Il existe donc encore un fort enjeu d’acquisition de connaissance sur le domaine benthique et en particulier sur les Écosystèmes Marins Vulnérables (EMV).