Des écosystèmes terrestres atypiques et fragiles

Les écosystèmes terrestres des Terres australes françaises sont déterminés par leur insularité, leur isolement extrême, leurs caractéristiques géologiques et les contraintes climatiques particulières qui y règnent (notamment vents forts et températures constamment basses). Ils sont composés d’habitats naturels originaux abritant une flore et une faune terrestres paucispécifiques (faible diversité des espèces) qui présentent des adaptations biologiques originales et un endémisme prononcé dans certains groupes.

Les premières études et descriptions de la flore des îles subantarctiques ont été réalisées lors des grandes expéditions scientifiques, notamment celles de la deuxième moitié du XIXème siècle. C’est également au cours de cette période que les premières observations sur les espèces introduites ont été réalisées. L’établissement des bases permanentes au milieu du XXème siècle, puis la mise en œuvre de programmes scientifiques ont permis d’améliorer les connaissances et de générer des données de manière plus régulière. Il en résulte une assez bonne connaissance des écosystèmes terrestres austraux. Si certains groupes taxonomiques ont fait l’objet de nombreux travaux de biologie, écologie, écophysiologie et génétique, d’autres taxons sont encore peu connus.

On dénombre dans l’ensemble de la Réserve naturelle 36 espèces de plantes natives. Concernant l’entomofaune, on recense actuellement une cinquantaine d’espèces natives sur l’archipel de Crozet, une trentaine dans les îles Kerguelen et une vingtaine sur les îles Saint-Paul et Amsterdam.

Zoom sur quelques espèces remarquables

Azorelle

Azorella selago

La croissance en coussin de ces plantes caractéristiques des îles subantarctiques est très lente. Selon les conditions environnementales, un individu met entre 100 et 200 ans pour atteindre 1 mètre de diamètre.

Chou de Kerguelen

Pringlea antiscorbutica

Espèce emblématique du subantarctique, le chou de Kerguelen a vu sa répartition fortement diminuer, notamment sur la grande terre de Kerguelen sous la pression des mammifères introduits tels que le lapin ou le renne. La Réserve naturelle mène des suivis à long terme pour mieux comprendre l’évolution des populations.

Phylica

Phylica arborea

C’est le seul arbre des Terres australes françaises. Les incendies et l’impact des bovins ont presque eu raison de sa présence sur l’île. La Réserve naturelle mène des actions pour sa restauration.

Anatalanta aptera

Endémique de la région subantarctique, cette mouche a développé une adaptation morphologique frappante vis-à-vis des conditions climatiques rigoureuses marquées par des vents forts et constants, à savoir la réduction alaire totale.

Dans leur état originel, les écosystèmes terrestres de la Réserve naturelle sont dysharmoniques. Ils présentent en effet très peu de prédateurs et d’herbivores. Les espèces natives et les communautés végétales se sont donc développées sur le territoire sans qu’une pression de prédation ou d’herbivorie ne s’exercent sur eux, engendrant la perte progressive de mécanismes de défense au gré de leur évolution naturelle (exemple : mouche sans ailes). Les écosystèmes terrestres sont simplifiés ce qui les rend par ailleurs très vulnérables et sensibles aux perturbations extérieures.

 

L’isolement prononcé des îles et leur découverte tardive ont largement contribué à la préservation et au bon état écologique du patrimoine biologique de la Réserve naturelle. Toutefois, bien que la présence humaine passée et actuelle soit très limitée sur le territoire, cette dernière n’a pas été sans impact sur les écosystèmes terrestres. L’Homme est en effet arrivé accompagné d’espèces animales et végétales qui ont été introduites sur les îles de manière volontaire ou accidentelle. Certaines se sont adaptées au climat des îles australes et ont réussi à se maintenir et à se reproduire, colonisant ainsi les écosystèmes originels. En particulier, les vertébrés introduits (rongeurs, lapin de garenne, chat haret, renne, mouton, mouflon) ainsi que plusieurs espèces de plantes et d’invertébrés exotiques envahissants peuvent déstabiliser/déstructurer les écosystèmes terrestres originels et avoir un impact négatif sur la biodiversité native : prédation, herbivorie ou compétition interspécifique. Par le passé, la présence humaine a également pu engendrer une destruction directe d’habitats naturels natifs, comme c’est le cas de la ceinture originelle de Phylica arborea sur l’île Amsterdam largement impactée par plusieurs incendies.

L’état de conservation actuel des écosystèmes terrestres est très variable d’un secteur à l’autre et d’une île à l’autre. Il est associé à plusieurs facteurs : la présence d’espèces introduites (vertébrés, plantes et invertébrés), étroitement liée à la fréquentation humaine, et l’impact des changements climatiques.

Des écosystèmes atypiques et fragiles