Les Terres australes françaises – Archipel Crozet, Iles Kerguelen, et Iles Saint-Paul et Amsterdam –sont le royaume des oiseaux et mammifères marins et hébergent une diversité et des populations d’espèces sans commune mesure. Faune et flore présentent des adaptations originales développées au cours de plusieurs millions d’années d’évolution dans un isolement extrême, à des milliers de kilomètres de tout continent. Iles volcaniques aux paysages grandioses, ces terres sont reconnues comme les derniers témoins d’une nature originelle, sauvage et généreuse.

Malgré leur isolement, la biodiversité de ces territoires subit les effets des changements globaux et des menaces liées aux activités humaines sur le territoire (invasions biologiques, captures accessoires et accidentelles associées aux activités de pêche, pollutions diverses, etc.).

Pour garantir la préservation sur le long terme de cette nature exceptionnelle, les Terres australes françaises sont ainsi classées depuis 2006 en réserve naturelle nationale – le plus haut niveau de protection du patrimoine naturel en France. En outre, l’extension de la Réserve naturelle en 2016 a permis d’inclure l’ensemble des zones essentielles à la reproduction et à l’alimentation des espèces marines, favorisant ainsi le maintien de leurs populations sur le long terme.

La collectivité des TAAF, gestionnaire de la Réserve naturelle, s’efforce de mettre en œuvre une gestion environnementale rigoureuse. A l’instar des autres espaces naturels protégés français, le plan de gestion de la Réserve naturelle, rédigé en collaboration étroite avec la communauté scientifique, constitue une feuille de route pour assurer la conservation de ce patrimoine d’exception. Il fixe les objectifs de gestion et planifie les actions de conservation à mener au sein du périmètre classé.

Inscrit dans la continuité du premier plan de gestion (2011-2015), le second plan de gestion décennal (2018-2027) s’articule autour de 7 enjeux de conservation du territoire. Ces derniers correspondent à la synthèse des responsabilités portées par le gestionnaire pour la conservation des espèces, des habitats, des fonctions écologiques essentielles et des valeurs culturelles. Ces enjeux constituent une véritable carte d’identité de la Réserve naturelle, dans le sens où ils définissent la valeur de son patrimoine naturel et s’assurent de la représentativité de ce patrimoine dans l’espace. En sus des 7 enjeux de conservation identifiés, il convient également de mentionner 2 facteurs clés de réussite, conditions matérielles et immatérielles transversales indispensables au gestionnaire à long terme pour remplir sa mission de conservation du patrimoine naturel.

Enjeux de conservation du second plan de gestion de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises.

ENJEU DE CONSERVATION 1. Le caractère sauvage des Terres australes françaises          

L’isolement et les conditions environnementales contraignantes des Terres australes françaises ont fortement limité l’installation des hommes et l’exploitation des îles par le passé. Aujourd’hui encore, l’occupation humaine sur le territoire est très faible et les activités anthropiques sont peu nombreuses. Hormis les bases, les refuges en sites isolés et le passage de navires, il existe très peu d’infrastructures humaines sur le territoire, ce qui lui confère un caractère sauvage important. Avec un patrimoine biologique riche et encore presque intact, ces îles subantarctiques constituent des sanctuaires pour la faune et la flore. Le premier enjeu de la Réserve naturelle est de conserver le caractère sauvage du territoire. Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en œuvre des actions permettant de limiter l’emprise et l’empreinte écologique des activités humaines dans le périmètre de la Réserve naturelle.

Objectifs opérationnels :

  • Réduire l’empreinte écologique des bases subantarctiques
  • Démanteler les infrastructures inutilisées
  • Limiter l‘impact anthropique des activités hors des bases
  • Réduire l’empreinte écologique des navires

ENJEU DE CONSERVATION 2. Le bon état de préservation des écosystèmes terrestres austraux

Les écosystèmes terrestres austraux sont bien préservés mais peuvent être soumis à des perturbations, y compris dans les secteurs éloignés des bases. Ces perturbations consistent essentiellement en l’impact des espèces introduites animales et végétales, qui modifient les habitats et les paysages tout en menaçant les espèces natives. La Réserve naturelle nationale agit afin de maintenir le bon état de préservation des écosystèmes terrestres austraux, notamment en mettant en œuvre des actions pour mieux documenter et limiter les impacts des espèces introduites.

Objectifs opérationnels :

  • Renforcer et optimiser la dynamique des populations de Phylica arborea
  • Maîtriser, et si possible éliminer, les espèces végétales introduites présentant un risque d’invasion biologique sur le territoire
  • Gérer les populations de mammifères introduits menaçant les espèces indigènes et les milieux
  • Réduire l’introduction et la dispersion d’espèces allochtones via les personnes amenées à fréquenter la Réserve naturelle
  • Réduire l’introduction et la dispersion d’espèces allochtones via le fret
  • Détecter au plus vite les introductions d’espèces sur le territoire

Renforcer les connaissances sur les espèces et écosystèmes terrestres dans le périmètre de la Réserve naturelle

ENJEU DE CONSERVATION 3. Des écosystèmes marins austraux riches et diversifies

L’originalité des Terres australes françaises est liée au caractère remarquable des écosystèmes marins de ces territoires. En effet, leurs plateaux continentaux offrent les rares zones peu profondes de l’océan où la vie marine peut se développer intensément. Situées à proximité du front polaire et de la convergence subtropicale, les eaux associées aux îles sont particulièrement riches en espèces pélagiques (crustacés, calmars, poissons, etc.). Elles constituent l’essentiel des ressources trophiques des oiseaux et pinnipèdes qui se rassemblent alors par milliers en un lieu donné. L’immensité des eaux australes classées en réserve naturelle, qui s’étendent désormais sur plus de 672 000 km2, permet d’inclure l’ensemble des zones fonctionnelles essentielles au maintien des fortes concentrations d’espèces marines (zones d’alimentation et de reproduction, frayères et zones de nourriceries, etc.). Le troisième enjeu de la Réserve naturelle est donc de garantir le bon état écologique de ces écosystèmes marins riches et diversifiés, en améliorant la connaissance sur leur fonctionnement et en veillant à limiter les impacts anthropiques sur ces milieux.

Objectifs opérationnels :

  • Capitaliser les données existantes sur le milieu marin
  • Disposer d’une bathymétrie et d’une grille de données environnementales de bonne qualité
  • Améliorer les connaissances sur les habitats marins afin d’adapter au mieux les mesures de gestion de la Réserve naturelle
  • Identifier et caractériser les zones fonctionnelles essentielles
  • Identifier les sources de pressions sur les écosystèmes marins afin de mettre en place des mesures de gestion adaptées
  • Améliorer la connaissance sur les milieux marins de Saint-Paul et Amsterdam
  • Améliorer les connaissances sur l’impact des espèces exotiques marines sur les milieux et espèces indigènes
  • Améliorer la connaissance sur les services écosystémiques

ENJEU DE CONSERVATION 4. De fortes concentrations d’oiseaux et mammifères marins

La réserve naturelle nationale des Terres australes françaises abrite parmi les plus fortes concentrations d’oiseaux et de mammifères marins au monde. A terre, ces espèces trouvent des conditions favorables pour leur reproduction et les mues annuelles. En mer, les zones de productions primaires sont importantes et jouent un rôle essentiel pour leur alimentation. L’interface terre/mer est donc essentielle dans l’équilibre des populations d’oiseaux et de mammifères marins fréquentant le territoire. La Réserve naturelle porte ainsi une forte responsabilité pour la conservation de ces espèces au niveau mondial.

Objectifs opérationnels :

  • Améliorer la dynamique des populations d’oiseaux menacées
  • Renforcer et développer les connaissances sur les oiseaux et mammifères marins

ENJEU DE CONSERVATION 5. Des populations d’espèces marines exploitées de manière durable

Le patrimoine naturel marin des Terres australes françaises est constitué de milieux extrêmement productifs, présentant une diversité d’espèces et une biomasse de ressources halieutiques parmi les plus importantes du sud de l’océan Austral. Dans cette perspective, les conditions de préservation de ces ressources doivent être garanties, notamment via la limitation des impacts et le maintien et/ou la restauration des ressources marines exploitées. L’expertise scientifique du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) en matière de gestion des pêches australes est une des forces du modèle de gestion des pêcheries porté par les TAAF depuis plusieurs années, ainsi que les démarches de certification MSC (Marine Stewardship Council) dans lesquelles se sont investis les armements, qui attestent de la durabilité de ces pêcheries. Tout l’enjeu de ce cinquième axe repose donc sur la capacité de la Réserve naturelle à mettre en place un système optimal de gestion écosystémique des pêcheries australes compatible avec les objectifs de conservation d’un tel espace protégé.

Objectifs opérationnels :

  • Maintenir et développer l’acquisition de connaissances sur les ressources marines exploitées
  • Renforcer le cadre de gestion des pêcheries
  • Limiter les prises accidentelles et accessoires
  • Limiter les interactions orques/cachalots avec les bateaux de pêche
  • Echanger avec les acteurs de la pêche australe

ENJEU DE CONSERVATION 6. Un territoire sentinelle, laboratoire du vivant et observatoire de la biodiversité et des changements globaux

Ecologiquement préservées et éloignées des pôles d’activités humaines, les Terres australes françaises sont de véritables laboratoires naturels qui contribuent depuis les années 50 au développement des sciences du vivant, de la terre et de l’univers dans le subantarctique. Les observations et les suivis à long terme menés sur le territoire permettent une meilleure compréhension de l’impact de l’homme et des changements globaux sur les écosystèmes. Toutefois, en raison de l’isolement et des difficultés d’accès, certains secteurs et groupes taxonomique sont peu ou pas connus, nécessitant le déploiement de moyens logistiques et techniques adaptés pour la mise en place d’études innovantes et exploratoires. A ce titre, les Terres australes françaises sont un territoire clé pour le suivi de la biodiversité et de son évolution face aux changements globaux, confortant la place de la France comme leader sur la recherche scientifique en milieu subantarctique.

Objectifs opérationnels :

  • Mieux connaitre les groupes taxonomiques méconnus
  • Mieux connaitre les secteurs géographiques peu prospectés
  • Comprendre les effets à long terme des changements globaux à l’échelle locale et globale afin de mieux adapter la gestion et la règlementation de la Réserve naturelle
  • Suivre l’état de conservation des espèces et milieux terrestres

ENJEU DE CONSERVATION 7. Un patrimoine culturel unique

Le patrimoine historique des Terres australes françaises est lié à leur découverte, ainsi qu’aux tentatives d’exploitations économiques qui ont suivi et qui ont affecté les populations d’oiseaux et de mammifères marins. Malgré l’impact causé par ces entreprises, les vestiges des installations passées constituent de véritable « témoins mobiliers » de l’histoire des Terres australes françaises et sont un outil privilégié de sensibilisation du public à la surexploitation des ressources biologiques par l’Homme et à la fragilité des milieux naturels et des espèces que la Réserve protège aujourd’hui. Le patrimoine bâti de ces territoires, encore visible aujourd’hui au travers des infrastructures et artefacts historiques présents sur les trois districts, est indissociable du patrimoine naturel d’exception de ces zones australes. En ce sens et au même titre que les enjeux précédents, la Réserve naturelle a la responsabilité de restaurer et conserver ce patrimoine culturel unique.

Objectifs opérationnels :

  • Compléter les connaissances relatives à la présence humaine ancienne dans la Réserve naturelle
  • Protéger et conserver le patrimoine historique matériel présent au sein de la Réserve naturelle

Facteurs clés de réussite du second plan de gestion de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises.

FACTEUR DE REUSSITE 1 : Assurer une gestion efficiente et pérenne de la Réserve naturelle et garantir les conditions de son bon fonctionnement

Pour protéger efficacement et sur le long terme le patrimoine naturel des Terres australes françaises, la collectivité des TAAF, en sa qualité de gestionnaire de la Réserve naturelle, doit disposer d’une organisation et d’outils efficients (plan de gestion évolutif, bases de données, observatoire de la biodiversité, etc.). En particulier, la définition d’un cadre réglementaire et institutionnel solide, ainsi que la mise en place de moyens de contrôle, apparaissent essentiels pour la protection des espèces et des milieux.

Objectifs opérationnels :

  • Disposer d’un cadre réglementaire et institutionnel
  • Faire appliquer la réglementation dans la Réserve naturelle
  • Disposer d’outils permettant d’orienter la stratégie de conservation des espèces
  • Disposer d’outils de saisie et d’exploitation des données et des échantillons récoltés sur le terrain
  • Doter la Réserve naturelle d’un plan de gestion évolutif et d’outils de rapportage
  • Inscrire la Réserve naturelle dans les réseaux nationaux et internationaux d’acteurs

 

FACTEUR DE REUSSITE 2 : Sensibiliser, valoriser et faire connaître la Réserve naturelle

La réserve naturelle nationale des Terres australes françaises est un support idéal pour sensibiliser les usagers et le grand public à la préservation du patrimoine naturel, ainsi que pour assurer sa reconnaissance. Compte-tenu de l’éloignement du territoire et de la présence humaine continue dans le périmètre de la réserve naturelle (bases scientifiques), les actions de communication, la formation des personnels détachés sur les îles et la valorisation des actions développées en son sein, sont essentielles pour garantir l’appropriation des enjeux environnementaux du territoire, favoriser le succès des actions portées par la Réserve naturelle, asseoir son ancrage territorial et apporter une reconnaissance au site.

Objectifs opérationnels :

  • Disposer d’une stratégie de communication
  • Renforcer la communication et la sensibilisation des usagers de la Réserve naturelle et du grand public
  • Amplifier la visibilité de la Réserve naturelle au travers des médias et des événements